Grande Synthe – La frontière de la honte

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Le camp de Grande Synthe

Comment le décrire ?

Un éparpillement de tentes et de bâches tendues entre 2 arbres, cachées dans les sous bois, afin d’éviter d’être repérés par la police, et encore, pour ceux qui en ont, sinon une couverture pour se protéger du froid et de la pluie.

Des êtres humains qui vivent sans hygiène décente, sans alimentation, sans chauffage. Leur maison ? un bout de bâche, une tente, une couverture.

Imaginez, entre 250 et 1 800 personnes ou plus, vivant ou plutôt, essayant de survivre, coincés entre une autoroute et une zone commerciale, dans des bois.

Ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des bébés, vivant dans le froid, la boue, souvent sans vêtements chauds, sans chaussures.

Leur rêve : passer en Angleterre !

Ce camp est une honte, une honte pour un pays dit « des droits de l’Homme ».

Peut-on rester sans réagir, en voyant des enfants, pour certains en bas âges, trembler de froid, assis dans la boue, attendant avec impatience le repas distribué par les associations ?

NON

Les mots, les images, les vidéos, ne permettent pas de ressentir l’émotion que l’on ressent quand on arrive sur place. Tous ceux et celles, venant d’autres communautés ou d’associations, venant nous aider lors des distributions, pourront vous décrire le choc qu’ils ont ressentis en arrivant sur place.

Oui, aux infos, on parle de « mise à l’abri ». Au petit matin, on encercle le camp, on fait monter tous ceux qui s’y trouvent, dans des bus qui partent aux 4 coins de la France. Mais, 48 heures après, ils sont de retour !

Notre action sur le terrain est une action de tous les jours. L’action principale est la distribution d’un repas chaud TOUS les vendredis pour 500 à 2 000 personnes. Ce repas est très attendu par les migrants. C’est leur « steak frites » kurde ! Poulet riz haricots rouges bananes.

Chaque vendredi, nous cuisinons environ 80 kilos de riz, 500 morceaux de poulets, des kilos de bananes, de l’eau, du pain.

Tout cela on ne pourrait continuer à le faire sans l’aide de nombreuses communautés ou groupes Emmaüs qui nous soutiennent, en nous apportant des dons, de l’argent et surtout des bras, pour certains, plusieurs fois par an, faisant des centaines de kilomètres pour nous soutenir.

SANS EUX je pense que nous serions à bout, car ce camp est un cercle sans fin.

Il ne se passe pas une journée sans que nous soyons sollicités pour des couvertures, des vêtements etc…

Ce qui nous fait tenir, c’est lorsqu’on arrive sur la jungle, leurs sourires, leurs mercis, leurs bienvenues ; c’est alors un grand moment de partage. On écoute avec eux leurs musiques et leurs danses traditionnelles.

Nous leur apportons un petit moment de joie dans leur semaine.

Mais je me pose une question :

« Est-il normal que dans un pays dit « civilisé » on accepte ceci ? »

« N’a-t-on pas assez de casernes vides, d’immeubles, de bureaux ou autres, vides ? Pour les accueillir dignement ? Les aider dans leurs demandes ? »

Invitons nos hommes et femmes d’état à venir passer une journée avec eux. A partager leur repas, leur quotidien ; bien sûr, ils devront quitter leur costume et souliers vernis pour des jeans et des bottes !

Il n’y aura pas de caviar et de champagne, ce sera de l’eau, du thé, des légumes et du riz !

Invitons les médias à passer aussi une journée avec eux ; là, les images seront différentes.

On ne verra plus les images de migrants essayer de monter dans des camions, ou les longues files de migrants montant dans les bus pour être mis à l’abri.

Ou alors, devons-nous attendre qu’un matin, CE SOIT NOUS, les COMPAGNONS, qui, comme l’Abbé, lanceront un message disant :

« Mes amis, au secours, ce matin dans les camps, plusieurs enfants, dont des bébés, sont morts de froid »

Pour que la France et l’Etat, sortent de leur cocon et réagissent !!

Un grand MERCI encore à toutes les communautés et groupes Emmaüs qui nous soutiennent

SANS VOUS ON NE POURRAIT PLUS SERVIR ET AIDER CES PERSONNES

Franck GARCIA Compagnon de la communauté Emmaüs Grande Synthe

Au revoir Franck de Emmaus Grande Synthe.
La communauté Emmaüs de Grande Synthe vit avec stupeur un moment difficile : Franck, compagnon depuis plus de 12 ans à la communauté, nous a quitté brusquement le 10 août 2021.
Ce cœur fatigué, tellement chaviré par toutes ces injustices qui nous entourent, s’est arrêté sans prévenir.
Nombreux sont les emmaussiens qui sont venus et viennent encore à Grande Synthe pour soutenir les réfugiés du « bout du jardin » de la communauté. Ils ont souvent été happés par Franck qui ne cessait de raconter, dénoncer ce « foutu bordel » à la frontière franco-britannique.
Ce texte que Franck a écrit et lu lors d’un rassemblement national des compagnons à Paris est fort et poignant.
Révolté, sensible et militant, il voulait le partager.
À très bientôt ! Grande Synthe vous attend encore et toujours …. Hélas !
Aujourd’hui, 1 500 réfugiés à Calais et 500 à Grande Synthe survivent toujours dans des conditions inhumaines
Amicalemen
t – la team de la communauté de Grande synthe

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