TRËMMA ?

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Deux points de plus sur le mot ambiguïté.

… Beaucoup ont entendu parler de TRËMMA car une intense campagne médiatique (Télérama, Télé 7 jours, France Culture …) fait florès actuellement pour inciter à vendre des objets via internet et à abandonner le produit de la vente à cette structure pour permettre le soutien de projets numériques portés par des associations Emmaüs ou partenaires…


De notre côté, comme beaucoup trop de communautés nous avons été mis devant le fait accompli par voie de presse, ce qui n’est pas bien digne d’un mouvement censé respecter d’autres valeurs que le chacun pour soi en vigueur dans les entreprises à but hautement lucratif.

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Récapitulons sur l’arrivée de cet OVNI baptisé TRËMMA : Avec le support technique d’ACCENTURE, entreprise de « conseil et technologies » (anciennement ANDERSEN CONSULTING) qui, il y a quelques années avait déjà tenté d’instaurer une organisation pyramidale des communautés Emmaüs, le mouvement EMMAÜS FRANCE, dont les instances et l’appareil sont hélas investis par des apparatchiks associatifs prototypés technophiles, a donc cautionné et soutenu à grand frais la création via LABEL de ce qui est présenté comme un site de financement participatif par les objets mais qui, dans les faits, s’apparente plutôt à une captation quasi automatique de flux financiers.


Le principe est simple et néanmoins génial : mise en relation via internet d’un acheteur et d’un vendeur puis la transaction effectuée, le vendeur s’occupe de l’expédition de l’objet à l’acheteur et, renonçant au produit de la vente, peut recevoir automatiquement un justificatif lui permettant d’obtenir une déduction fiscale se basant sur le montant de la vente effectuée. Étant précisé que les recettes seront intégralement affectées à des projets, même si en réalité le financement de TRËMMA repose sur les commissions perçues sur chaque transaction transitant par la « maison mère » : LABEL. Par ailleurs, les projets soutenus sont sélectionnés par une structure interne LABEL/TRËMMA et concernent des entités Emmaüs ou non, comme si notre mouvement n’avait jamais été capable de soutenir par lui-même et jusqu’à leur aboutissement de nombreux projets. Surtout, il nous semble qu’avec un minimum de concertation il eût été possible de faire différemment afin que toutes les partie concernées puissent y tenir un rôle.


S’il est vrai que TRËMMA permet sans doute de gagner en visibilité pour des projets et des financements à des structures en demande, il n’en demeure pas moins que, revêtu de l’étiquette Emmaüs, TRËMMA vient, à l’instar de LABEL sur le terrain des communautés (qui est aussi celui des comités d’amis et de certaines entreprises d’insertion).


Questions : LABEL/TRËMMA accueillent-ils des personnes en situation irrégulière, des familles entières, des retraités, des personnes vraiment limit border ? Les logent-ils ? Accompagnent-ils, dans tous les domaines et s’il le faut jusqu’à la fin de leur vie les personnes accueillies ? Sont-ils porteurs de solidarités quotidiennes via les Centres Communaux d’Action Sociale, les Maisons Des Solidarités … ? S’acquittent-ils auprès du mouvement des mêmes cotisations que les communautés ? Est-il légitime que leur communication, redoutablement efficace dans l’auto-promotion, occupe aujourd’hui la plus grande partie de l’espace médiatique, faisant passer toutes les autres structures d’Emmaüs pour des ringards de deuxième plan ? Quid du don désintéressé, de la rencontre avec les compagnes et compagnons, du respect de leur travail ? Est-il vraiment dans les gènes du mouvement fondé par l’Abbé Pierre qu’une structure puisse, au nom de la vieille antienne du progrès, sans beaucoup de concertation et avec le prétexte « d’être dans le coup », agir comme un dépôt-vente rémunéré (LABEL) ouvert maintenant à des associations (des particuliers ?) hors Emmaüs, comme un banal courtier percevant mécaniquement sa commission sur des transactions financières afin de financer, entre autres, TRËMMA ? Devons-nous nous résigner à voir à terme des intérêts pécuniaires passer avant nos valeurs fondamentales (l’accueil, le travail, la solidarité) et devenir de simples franchisés usant de la marque Emmaüs afin d’exploiter le gisement charity business ?

À toutes ces questions, la réponse est NON.

TRËMMA entretient la confusion mais TRËMMA n’est pas EMMAÜS, du moins pas au sens de ce que nous vivons en communauté depuis les origines.

C’est pourquoi nous supplions nos donateurs de continuer à déposer leurs dons d’objets sur nos sites d’accueil ou à nous contacter pour que nous passions les récupérer à leur domicile.

Aujourd’hui, ce qui est capté en leur nom par Trëmma n’est pas pour eux.

Les compagne et les compagnons d’Emmaüs à qui on prend leur seul moyen de vivre dignement, le travail, ne disent pas merci aux haut(e)s dignitaires d’Emmaüs France.
Auteurs de l’article : Elena & Patrick AZRA – Responsables de la communauté
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